nov. 2009

The Marulić Reader

Le poète croate Marko Marulić a écrit ses œuvres principales en latin et en croate ; elles sont donc inaccessibles au commun des mortels. Pour ceux qui comprennent l'anglais, le Cercle littéraire de Split (Književni Krug Split) a publié en 2007 The Marulić Reader, un recueil de traductions de Marulić dans cette langue (ISBN 978-953-163-284-3). Le professeur Bratislav Lučin, directeur du Marulianum de Split, en est l'éditeur.

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Dans ce recueil de 286 pages, on lira des extraits du De institutione bene vivendi per exempla sanctorum, de l’Evangelistarium, des épopées Judith et Davidias, ainsi que du Dialogus de Hercule a Christicolis superato. Les œuvres suivantes sont traduites in extenso :

  • Molitva suprotiva Turkom (Prière contre le Turc),
  • Tužen'je grada Hjerozolima moleci Papu da skupi gospodu karstjansku ter da ga oslobodi od ruk poganskih (Plainte de la ville de Jérusalem suppliant le Pape de réunir les seigneurs chrétiens pour la délivrer des mains des infidèles),
  • Epistola Domini Marci Maruli Spalatensis ad Adrianum VI Pontificem Maximum de calamitatibus occurrentibus et exhortatio ad communen omnium Christianorum unionem et pacem (Lettre de Marcus Marulus de Split à Adrien VI, souverain pontife, au sujet des malheurs actuels, et exhortation à l’union et à la paix de tous les chrétiens),
  • Carmen de doctrina Domini nostri Jesu Christi pendentis in cruce (Poème sur la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ suspendu à la croix).

Il y a en outre beaucoup de petits poèmes ainsi que quelques lettres de Marulić. C'est donc un aperçu très complet des œuvres du poète catholique, et l'on ne peut que féliciter les éditeurs d'avoir accompli ce travail. Toutefois, la vérité nous oblige à émettre des réserves sur la qualité des traductions de la Prière contre le Turc et de la Plainte de la ville de Jérusalem. Ce sont les deux seules traductions que nous pouvons juger, ayant nous-mêmes traduit les originaux. La difficulté de traduire ces poésies vieilles de cinq siècles, écrites en dialecte tchakavien et parsemées d'italianismes et de turcismes, est réelle. Certains vers sont susceptibles d'être traduits de plusieurs façons, et le contresens est facile. Nous avons relevé quelques passages dont la traduction anglaise nous semble imprécise ou erronée.

Dans la Prière contre le Turc, les vers 103-106 (pp. 240-241) racontent l’extermination de l’armée égyptienne lors du passage de la Mer Rouge (Exode, chapitre XIV). Le vers 106, Putem meu vodami ter se potopiše, est traduit en : [attacked the people] from land and from water and drowned doing so, à savoir : [attaquèrent le peuple] par terre et par mer, et se noyèrent ainsi. Or, les Égyptiens se lancèrent à la poursuite des Hébreux uniquement par terre, avec leurs chariots et leur cavalerie. Il nous semble donc qu'il est plus juste de traduire ainsi : Et se sont noyés en chemin au milieu des eaux.

Dans la Plainte, Jérusalem appelle à la croisade le hrabrena cesara (v. 47, pp. 248-249), qui est traduit en encouraged king. Il ne s'agit pourtant pas d'un roi quelconque, comme le dit la traduction anglaise, mais de l'empereur des Romains. De même, le dernier vers mentionne que Car je Suriju jal, selon la traduction anglaise : the Czar has taken Syria (pp. 252-253). De quel tsar s'agirait-il ? Il est plus vraisemblable qu'il faille traduire par : Le Sultan a conquis la Syrie. Les vers 69 et 70, Popove i tvoj dvor za mene slobodit / Zvat će pomoć odzgor ter će g boju hodit, sont traduits en : They'll come to free the priests and your castle for me, / they'll call for help from above and fight to set me free (pp. 250-251). En français : Ils viendront libérer les prêtres et ton château pour moi, / ils appelleront l'aide d'en haut et combattront pour me libérer. Or, dans les vers précédents, Jérusalem demandait au Pape d'appeler les princes chrétiens à la croisade pour la délivrer des Turcs ; nulle part il n'a été question ni de prêtres, ni du château du Pape, qui seraient aux mains des infidèles. Nous croyons que le vrai sens de ces vers est : Les prêtres et ta cour, pour me délivrer, / Demanderont l’aide du ciel, puis iront au combat. Quant au kraljevstva sandalj du vers 64, qui est traduit en king of Sandals (roi des Sandales), nous en avons discuté dans la Plainte de la ville de Jérusalem.

Malgré ces imperfections qui nous font souhaiter une seconde édition révisée, The Marulić Reader est très recommandable car il met à la portée de beaucoup de monde les œuvres du poète chrétien. Il est malheureusement assez difficile de se procurer le livre en dehors de la Croatie. Il est diffusé par le Cercle Littéraire de Split (http://www.knjizevni-krug.hr/knjiga.asp?IDKnjige=447), d’où provient notre exemplaire.

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Prières pour un bienfaiteur défunt

Nous sollicitons vos prières pour le repos de l’âme de notre ami Marcel R., qui a quitté ce monde récemment. Il possédait une riche bibliothèque qu’il partageait généreusement : plusieurs livres que nous avons mis en ligne proviennent de cette bibliothèque, et d’autres sont à paraître. M. Marcel R. avait compris que, loin de garder jalousement sa bibliothèque, ou de n’y voir qu’une marchandise lucrative, il lui fallait faire fructifier ces bons livres que Dieu lui avait confiés. Merci cher ami, et que Dieu vous rende au centuple ce que vous fîtes pour lui ici-bas.
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